Qui connaît vraiment la borréliose (ou maladie de Lyme)?

Au temps où le Coronavirus attire tous les regards, la borréliose (ou maladie de Lyme) véhiculée par les tiques demeure une maladie difficile à détecter et guérir.

Source: lematin.ch

Etienne Di Lello, publié le 11 juin 2022

Les tiques, ces bêtes toujours plus nombreuses et envahissantes

Les beaux jours reviennent, le mercure grimpe de plus en plus haut et les tiques ainsi que les maladies qu’elles véhiculent, risquent de faire rage cette année aussi. En fait, ces bestioles sont toujours plus présentes sur le territoire helvétique et mondial et parmi les causes invoquées de cette prolifération, on parle du réchauffement climatique. Depuis quelques années, ces parasites sont observés à des altitudes records (2000m aux dernières nouvelles), ainsi que dans de nouveaux pays nordiques, tels que la Suède, la Norvège ou encore le Canada, lequel abritait un seul foyer de tiques il y a tout juste 30 ans[1].

Par conséquent, la période d’activité des tiques ne peut plus se limiter aux mois les plus chauds de l’année, mais des piqûres sont enregistrées même en hiver, comme l’atteste le Dr. Luc Robyn, médecin généraliste exerçant à Attalens (Fribourg), «Au moment où je suis arrivé ici, donc fin des années 80, on avait des tiques, mais pas beaucoup. Quand j’ai fait l’étude pour le CHUV à la fin des années 90, j’ai eu des cas et je les ai tous pris, mais l’étude s’est étendue sur 6 mois et ne comptait pas énormément de cas. Maintenant, je vois plus de cas, je vois des piqûres de tiques parfois même dès janvier jusqu’en novembre et c’était en 2021.»

Tique piquant son hôte
Source: bag.admin.ch

La méningo-encéphalite à tiques (FSME) et la borréliose, deux maladies infectieuses transmises par les tiques

En 2020, 25’400 consultations médicales à la suite de piqûres de tique ont été recensées en Suisse selon l’OFSP[2]. Les tiques de genre Ixodes ricinus majoritairement présentes sur le territoire suisse peuvent être porteuses de plusieurs maladies infectieuses, dont les plus «connues» sont : la méningo-encéphalite à tiques (FSME) et la borréliose. Néanmoins, il est important de noter que toutes les tiques ne portent pas ces pathologies et que seulement 0,5% d’entre elles sont vectrices du virus de la FSME. Pour ce qui concerne la borréliose, maladie principalement causée par la bactérie Borrelia burgdorferi en Suisse, le constat reste toutefois plus inquiétant puisqu’entre 5 et 30% des tiques présentes dans certaines zones spécialement à risque de Suisse, peuvent être infectées par cet agent pathogène[3].

La borréliose : une maladie à problème(s)…

La maladie de Lyme représente donc le plus gros risque lorsque l’on parle de piqûre de tiques : 15’500 cas de borréliose aiguë ont été déclarés en Suisse en 2020[4]. Non seulement la proportion de tiques porteuses de cette bactérie est plus élevée que celles pouvant transmettre la méningo-encéphalite, mais un vaccin existe contre cette dernière maladie, alors qu’il n’existe rien de tel pour prévenir la borréliose. Nous allons voir que dans certains cas, des failles liées au diagnostic et au traitement de cet agent pathogène, font de la borréliose une vraie corvée pour ceux/celles qui essaient de la traiter et peut bouleverser la vie de ceux/celles qui la contractent. 

Tirant son nom de la petite ville de Lyme (Connecticut, États-Unis), la maladie de Lyme y a été nommée dans les années 1970, bien qu’elle ait été décrite en Europe depuis la fin du XIXème siècle et que sa nature infectieuse n’ait été découverte qu’en 1982[5]. Depuis donc près de quarante ans, cette maladie infectieuse demeure difficilement détectable et soignable.

Les outils d’aide au diagnostic

Premièrement, en ce qui concerne les outils d’aide au diagnostic, ces derniers correspondent en Suisse comme ailleurs à la sérologie, avec les techniques sérologiques Elisa et Western Blot, qui doit être utilisé en confirmation dans le cas où le test Elisa s’avérerait être positif. Un premier élément vient compliquer le diagnostic de la maladie lorsque l’on sait que ces tests sont peu sensibles dans les phases précoces de la maladie, ce qui peut induire un risque de faux-négatifs[6].

Ensuite, le test Elisa serait manifestement moins efficace que son successeur Western Blot, puisqu’il détecterait moins de souches de la bactérie Borellia que ce dernier, ce qui fuit une certaine logique scientifique qui voudrait que le premier diagnostic soit établi par le test disponible le plus efficace[7]. Cela pourrait tout de même s’expliquer par une réalité économique, lorsque l’on sait que les tests Western Blot coûtent plus du double du prix d’Elisa[8]. Finalement, ces tests ne permettent pas de déterminer si les anticorps détectés par ces méthodes sérologiques, sont dus à une contraction antérieure de la maladie ou si ce résultat correspond à une infection active[9].

Toutefois, les médecins ont la possibilité de répéter les tests sérologiques lorsqu’ils/elles ont des suspicions cliniques ou encore en approfondissant les recherches si la sérologie reste douteuse, à l’aide de tests PCR ou encore par recherche d’anticorps dans le liquide céphalo-rachidien, dans une articulation (liquide synovial) ou encore dans la peau.

Cependant, de l’autre côté de la frontière franco-suisse, des médecins traitants ayant constaté la ténacité de cette maladie chez leurs patients, ont été condamnés pénalement pour avoir eu recours à des traitements et toutes sortes de méthodes qui s’avéraient efficaces pour leurs patients, mais qui ne respectaient pas la seizième conférence de consensus français en thérapeutique anti-infectieuse de 2006, qui a tenu lieu de doctrine officielle jusqu’en juin 2018[10]. À titre d’exemple, Viviane Schaller est une biologiste médicale qui a été condamnée à neuf mois de prison avec sursis et à rembourser 280’000 euros à la Sécurité sociale pour avoir pratiqué un protocole de dépistage de la borréliose non-homologué par les autorités françaises de l’époque. La technique en question était disponible en Allemagne, mais pas à Strasbourg où elle exerçait et grâce à ce test (Western Blot All Diag), elle a pu diagnostiquer une borréliose chez plusieurs patients souffrants à qui on avait affirmé le contraire[11]

Sans la curiosité des médecins généralistes ou spécialistes, certaines personnes ayant bien été infectées sont donc diagnostiquées séronégatives, ce qui conduit à écarter l’hypothèse de la borréliose de Lyme pour expliquer les maux de certain-e-s. Bien souvent, ce passage à travers marque le début des ennuis…

Une multitude de symptômes: le(s) facteur(s) de confusion de la maladie

Bien qu’elle puisse être diagnostiquée par les techniques présentées au paragraphe précédent, le premier symptôme généralement visible de l’infection – qui par ailleurs est l’un des signes les plus fiables pour diagnostiquer la borréliose – apparaît comme une plaque rouge arrondie, avec un centre plus clair autour de la zone piquée (minimum 5 cm. de diamètre), appelée érythème migrant.

Erythème migrant
Source : canada.ca

Si cette rougeur cutanée, qui s’élargit dans la durée, n’est pas examinée à temps ou si elle ne se manifeste simplement pas, diagnostiquer la maladie devient de plus en plus compliqué, puisque les autres symptômes présentés par la borréliose ne sont pas spécifiques à cette maladie et peuvent selon les cas et les différentes phases, prendre les différentes formes suivantes : symptômes pseudo-grippaux, maux de tête, douleurs articulaires, troubles cardiaques, troubles visuels, paralysie faciale, troubles cognitifs, troubles musculosquelettiques, etc[12].

À l’évidence, les diverses allures que peut prendre cette maladie brouillent les pistes de certains médecins et de spécialistes vers qui les personnes infectées se tournent, pensant que leurs souffrances sont dues à des problèmes cardiaques, articulaires, oculaires, neurologiques et autres. Un jeune étudiant de médecine à l’Université de Lausanne m’a dit à propos, «En fait on raisonne comme ça en médecine : on a un «classement» des maladies en tête qui varie en fonction des réponses du patient. Lyme, vu que c’est quelque chose d’assez présent, il doit toujours rester « haut » dans ce classement et je dois y penser assez souvent. Par exemple, si tu me dis que tu as une rougeur qui grandit, pour moi c’est Lyme en numéro 1…» [13].

Dans ce cas, les diverses douleurs, les multiples troubles ressentis sont causés par l’agent pathogène se propageant dans l’organisme et aucun examen spécialisé ne peut en fait détecter et permettre de comprendre quelle pourrait être la nature du problème, sans la réflexion d’un médecin avisé. Finalement, pour certain-e-s des patient-e-s qui continuent de se plaindre pour ces maux dont on n’aurait pas réussi à trouver la cause, la réponse qu’on leur donne est parfois que « tout cela est dans leur tête » et des gens redirigés en psychiatrie sont quelquefois des cas que la médecine n’arrive pas à résoudre[14].

Les traitements

Dans l’éventualité où une personne infectée par la borréliose a « la chance » d’être diagnostiquée comme telle, la guérison n’est pas totalement assurée pour autant. En ce qui concerne les traitements pouvant être administrés contre la bactérie en cause, des antibiotiques (doxycycline, amoxicilline) peuvent s’avérer efficaces.

Habituellement, 2 semaines de ce traitement antibiotique sont préconisées et servent à estomper les divers maux causés par la bactérie. Dans certains cas rares mais tout de même existants, ce seul traitement ne suffit pas à éradiquer la borréliose qui peut subsister aux médications et se manifester à nouveau. Le docteur Luc Robyn précise à ce sujet, «selon l’évolution de la maladie, on peut décider dans certaines situations de répéter de nouveau le traitement antibiotique».

En résumé : un contexte sanitaire complexe pour une maladie infectieuse en croissance

En résumé, la borréliose (ou maladie de Lyme) est une maladie infectieuse causée par une bactérie (principalement Borrelia burgdorferi) et se transmettant par piqûres de tiques. La maladie en question fait annuellement des milliers de victimes en Suisse et pourrait devenir un problème toujours plus important au vu de la prolifération des tiques dans l’hémisphère nord, pour des causes environnementales notamment.

Aucun vaccin n’existe pour prévenir cette maladie, mais un traitement antibiotique peut s’avérer efficace pour combattre la bactérie, même si la répétition de ce traitement est parfois nécessaire pour guérir de la borréliose. Les outils d’aide au diagnostic «classiques» sont la sérologie (Elisa et Western Blot), mais il est également possible de recourir à des tests PCR ou encore à des recherches d’anticorps dans le liquide céphalo-rachidien, dans le liquide synovial ou dans la peau, lorsque les tests sérologiques s’avèrent douteux.

Toutefois, les diagnostics de la maladie ne se font pas systématiquement, ce qui conduit à ce que certaines personnes souffrent de la borréliose sans le savoir et sans que la médecine ne réussisse à expliquer et traiter la cause de leurs maux. 

Pour finir, dans ce contexte sanitaire complexe où la médecine est parfois confrontée à ses limites, la prévention par les médecins eux-mêmes, mais également et surtout le bouche à oreille et encore plus les médias jouent un rôle crucial pour combattre une maladie infectieuse croissante comme la borréliose.

Quelques mesures pour se prévenir des piqûres de tiques[15]

– Évitez les hautes herbes et les sous-bois.

– Portez des vêtements à manches longues qui ferment bien et des pantalons.

– Optez pour des couleurs claires où les tiques seront plus visibles.

– Utilisez une protection contre les insectes (répulsifs).

– Après chaque promenade et activité en plein air, inspectez soigneusement votre corps à la recherche d’éventuelles tiques.

À Amir et à tous/toutes ceux/celles qui souffrent dans l’anonymat.

La bibliographie:

Cécile Lanz, Nemeth, J., Künzli, E., Dapprich, M., Etter, G., Meynard, A., … Tarr, P. (2022). Approche rationnelle d’une épidémie moderne—1re partie : La borréliose : Épidemologie, érythème migrant. Primary and Hospital Care, 22(4), 114.

Di Lello, E. (2022). Retranscription Interview Étudiant en médecine Université de Lausanne [Retranscription d’interview].

La borréliose en bref [Campagne préventive]. (s. d.).

Massard-Guilbaud, G. (2019). « Maladie de Lyme » : Quand des médecins refusent de soigner. Ecologie & politique, N°58(1), 107.

Pasquier, V. (2016, décembre 14). Maladie de Lyme : La peine de Viviane Schaller a été confirmée en appel. Ouest France.

Perronne, C. (2017). La Vérité sur la maladie de Lyme : Infections cachées, vies brisées, vers une nouvelle médecine (Odile Jacob). Paris.

Pr Benoît Jaulhac : « beaucoup de gens croient avoir la maladie de Lyme ». (s. d.). Rue89Strasbourg.

Rosier, F. (2018, mai 17). Avec les tiques, les Suisses trinquent. Le Temps.

Se protéger des tiques—Prévention et traitement. (s. d.). piqure-de-tique.ch.

Zanella Terrier, M.-C., & Schibler, M. (2018). Maladie du Légionnaire, Encéphalite à tiques & Borréliose[Enregistrement d’une conférence universitaire]. Hopitaux Universitaires Genève (HUG).

[1] (Rosier, 2018)

[2] (Cécile Lanz et al., 2022)

[3] (« La borréliose en bref », s. d.)

[4] (Cécile Lanz et al., 2022)

[5] (Massard-Guilbaud, 2019, p. 108)

[6] (Zanella Terrier & Schibler, 2018)

[7] (Massard-Guilbaud, 2019, p. 112)

[8] (« Pr Benoît Jaulhac : « beaucoup de gens croient avoir la maladie de Lyme » », s. d.)

[9] (Zanella Terrier & Schibler, 2018)

[10] (Massard-Guilbaud, 2019, p. 116)

[11] (Pasquier, 2016)

[12] (« La borréliose en bref », s. d.)

[13] (Di Lello, 2022)

[14] (Perronne, 2017)

[15] (« Se protéger des tiques – Prévention et traitement », s. d.)

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