Lettre à… Jessica, 14 ans

Qui n’a jamais fait de bêtises dans sa jeunesse ? Huit ans après, petite rétrospective.

Jessica Monteiro, 30 mars 2021

L’adolescence est un moment décisif et surtout difficile de la vie. On croit tout comprendre, tout savoir mais surtout, on se cherche désespérément dans un monde qui n’a pas le temps de nous laisser nous trouver. J’en sais quelque chose puisque, comme tout le monde, je suis passée par cette période. Voici ce qu’il aurait peut-être fallu que la jeune Jessica écoute à l’époque, au lieu de monter le volume de la musique sur son vieux Windows.

La mode tu ne maitriseras point

Bienvenue au début des années 2010. La mode est aux leggings noirs ou motifs galaxie, aux sweat Baby Milo ou encore aux jaquettes Adidas noires. Les blogs Skyrock et les clips du moment donnent le ton quant à la mode à suivre. Tes copines sont à la pointe car leurs parents peuvent se le permettre alors que les tiens, pas forcément. Pourtant, ça ne t’empêche pas de forcer pour que Maman t’offre la dernière jaquette Adidas ou la dernière paire de sneakers à la mode pour Noël. 

Tu ne te rends pas compte que tu n’es pas la seule à être perdue ou en manque de reconnaissance. Tes insécurités te font porter des vêtements qui ne te correspondent pas spécialement, mais tu espères secrètement qu’ils feront en sorte que les autres t’apprécient. Tu te souviens de la fois où tu as mis une chemise bleue nouée à la taille avec un collant transparent juste pour ressembler à ces mannequins « swag » qu’on voyait sur Facebook ? Dans huit ans, tu en auras toujours honte et tu l’admettras même dans un article. Mais dans huit ans aussi, tu sauras depuis quelques années que l’habit ne fait pas le moine. Les dynamiques sociales qui te poussaient à être une copie conforme des autres n’impacteront plus autant la manière dont tu te perçois. Est-ce que ce n’est pas un sacré progrès, ça ? Tu sauras aussi enfin te maquiller correctement : fini de mettre sous tes yeux un trait de vieux crayon noir volé à Maman. Tout ça dans les toilettes de l’école parce que bien sûr, tu n’as pas encore la permission de te maquiller. 

Facebook tu n’auras guère

Toujours pour adhérer et s’assimiler au groupe, tu t’es créé un compte Facebook alors même que Maman t’a interdit de t’y inscrire. Mais à nouveau, tu trouves injuste que tu sois la seule à ne pas y avoir droit. Tu ne te poses pas la question de pourquoi est-ce qu’elle te l’interdit et de toute façon, tu penses que c’est elle qui n’y comprend rien. Tu fais quelques photos sur le balcon avec l’appareil numérique, en mode selfie (tu apprendras bientôt ce mot) et c’est parti : en deux, trois clics, tu as un nom, une photo de profil: une nouvelle vie sociale qui s’offre à toi! Tu écris un peu aux gens de l’école, tu comprends enfin les discussions sur les délires qui se créent en ligne ! A aucun moment tu ne penses que tu encours peut-être un danger en mettant des photos de toi ou en racontant n’importe quoi. Les bêtises sont de courte durée, très chère : alors que tu es sur ton ordinateur fixe dans ta chambre, Maman rentre et te prend sur le fait. Tu pleures alors que tu te fais embrouiller et tu la maudis intérieurement. Tu ne pourras plus parler à tes ami-e-s de la vraie vie et à tes « ami-e-s » en ligne. Plus de nouvelles de ces jeunes garçons à qui tu parles. Plus de chance d’avoir l’air « cool ». A 22 ans, tu n’auras toujours pas Facebook et d’ailleurs, depuis, c’est devenu un réseau has-been. Et puis, tu seras une adulte plutôt cool, t’inquiète. Pas besoin de réseaux sociaux pour ça.

En soirée tu n’iras pas

Aller, t’as compris, je te reproche cette tendance de mimique. Mais après tout, tu es jeune, naïve et tu n’y connais pas grand-chose à la vie. Tu veux avoir une vie plus palpitante, plus excitante. Il est naturel que tu aies envie de sortir. Mais là aussi, on te met des barrières. Tu rentres toujours plus tôt que les autres de la piscine, d’Halloween etc. et ça t’énerve. S’il est vrai que tes parents sont tout de même particulièrement stricts en comparaison à d’autres, tu ne les questionnes pas vraiment sur leurs raisons. Parfois, c’est vrai, il n’y en a pas. Ou alors on te sort les excuses relatives au fait que tu es une fille et que moralement ça ne se fait pas. Ça te révolte aujourd’hui, et ça te révoltera demain. Mais d’autres fois, l’inquiétude vient justement du fait que ton père comme ta mère ne savent que trop bien ce qu’il peut arriver à une jeune fille. Plusieurs expériences personnelles désagréables graveront ces mots au plus profond de ta chair: « je suis une femme ». Plus tard, la mort de Sarah Everard* finira de mettre en lumière les injustices et les tragédies qui rythment la vie des femmes. Je sais qu’il n’y a pas vraiment de conversation de la sorte à ton âge. Tu as enfoui au fond de toi la fois où, en plein jour, un homme a montré son pénis à deux jeunes filles de 12 ans. Dont toi. Rassure-toi, la parole se libère bientôt.

Apprendre de tes erreurs, tu feras

Jessica, j’aimerais te dire que tu as le droit de parler, il le faut. Il aurait fallu que des adultes comme moi le disent à des adolescent-e-s comme toi. J’aimerais aussi te dire que ce n’est pas grave, mais ce serait te mentir et il est question ici d’honnêteté. Le manque d’informations te fera commettre tout un tas d’erreurs de jugement. J’aurais aimé que ça se passe différemment. Cependant, en devenant adulte, tu acquerras une multitude d’outils et de connaissances qui seront utiles aux prochains et prochaines.

Aller, change-moi ce collant transparent et cette mauvaise humeur. Ça finira par aller : l’année prochaine tu rentres au collège non pas pour devenir médecin finalement, mais journaliste.

Bisous,

Jessica.  

PS: Voici une chanson qui résume l’adolescence. 

*

Sarah Everard était une femme anglaise de 35 ans, tuée le 03.03.21 par un policier alors qu’elle rentrait simplement chez elle à pied. Sa mort provoque l’indignation et surtout la stupeur au Royaume-Uni mais aussi dans le monde entier. Les violences faites aux femmes et les menaces qui pèsent sur elle du simple fait de leur genre sont enfin au centre des discussions.

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