Le rôle des femmes dans le conflit israélo-palestinien

Par Charlène Wicky

Que se passe-t-il entre la Palestine et Israël? « L’attaque du Hamas a fait au moins 700 morts et 2 500 blessés en Israël. Côté palestinien, le bilan s’élève à au moins 560 morts et 2 900 blessés. » (Le Monde, 09/09/2023). Cet événement remet en avant les conflits entre Israël et la Palestine qui ont lieu depuis 1948, notamment le rôle complexe des femmes dans celui-ci. Intéressons nous à l’actualité et à la place des femmes dans tout cela. 


Les origines du conflit 

N.B. Nous parlerons ici de « région géographique » concernant la Palestine puisqu’aucun consensus n’a été adopté pour promouvoir l’appellation de pays à part entière. Nous nommerons toutefois le « pays d’Israël » au vu de l’appellation proclamée en 1948 en tant qu’Etat hébreu.  

La Palestine, anciennement membre de l’Empire ottoman, se voit passer sous administration britannique en 1920 à la suite de l’effondrement de l’Empire lors de la Première Guerre mondiale. Cette occupation n’est officielle qu’en 1920 en vertu du mandat de la Société des Nations (aujourd’hui Organisation des Nations Unies-ONU), mais a lieu depuis 1917. Il est important de noter l’impact d’une déclaration sur le conflit actuel: la déclaration Balfour. Arthur Balfour, anciennement ministre britannique des Affaires étrangères, exprime le 2 novembre 1917 son soutien pour la création d’un foyer national Juif en Palestine, tout en mettant en avant que cette cohabitation ne doit pas porter préjudice aux Arabes Palestiniens dans la région. Notons que si l’intérêt des Juifs est tel pour la Palestine, c’est que la région comprend la ville de Jérusalem, ville sainte dans le judaïsme.

Toutefois, c’est lors de la Seconde Guerre mondiale que ce partage s’accentue puisqu’avec l’Holocauste, la communauté juive trouve refuge en terre palestinienne. Les Britanniques, dépassés par les événements, décident de quitter la Palestine et laissent la région à l’ONU le 14 mai 1948. Au vu de l’arrivée massive des Juifs en Palestine, les communautés arabes ne sont plus en accord avec cette situation trop instable et inégalitaire. Afin de gérer la situation, l’ONU adopte en novembre 1947 la résolution 181 qui prévoit le partage de la Palestine en deux états, un juif et un arabe, tout en ayant une politique internationale au sujet de Jérusalem. Le constat est le suivant: les 500 000 Juifs obtiennent 58% du territoire et les 1,2 millions d’Arabes en obtiennent 42% (Arieli, 2014). C’est ce partage qui favorise la création de l’État d’Israël en mai 1948. Création à peine faite, une coalition des États arabes voisins, notamment l’Égypte, la Jordanie et la Syrie se lancent dans la guerre pour rétablir l’équilibre. Ils sont rapidement vaincus par Israël qui est soutenu par les Etats-Unis et la Russie, tous deux fournisseurs d’armes. Ce conflit n’est que le premier d’une longue révolte encore d’actualité. Nous analyserons le rôle des femmes dans ces différends après avoir établi un léger point d’actualité. 

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Hamas-Hezbollah, de quoi parle-t-on?

Avant de faire un point sur ce qu’il se passe actuellement en terre israélienne et palestinienne, il est important d’avoir le contexte. Concernant le Hezbollah et le Hamas, voici ce à quoi ils correspondent et ce qu’il se passe actuellement. D’une part, le Hezbollah est un groupe paramilitaire libanais qui s’est construit en 1982 au Liban du Sud en réponse à une attaque israélienne. Groupe qui suscite différents points de vue: «Un groupe terroriste ou un mouvement de résistance?» (Samaan, 2007). D’un autre côté, le Hamas a eu une certaine popularité à la suite de la première intifada en 1987, mot arabe signifiant «soulèvement». Cette intifada, également connue sous le nom de la «guerre des pierres», éclate en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Ce mouvement correspond à une rébellion du côté palestinien et se traduit par des fortes manifestations, des grèves, des lancées de pierres sur les israéliens. Dès lors le Hamas, mouvement palestinien armé, se forme en réponse à la violence israélienne contre les manifestant.e.s. Comme le Hezbollah, le Hamas est également vu comme extrémiste pour certain.e.s, notamment par celles et ceux qui soutiennent Israël comme les Etats-Unis, et comme un mouvement légitime pour d’autres, notamment pour les pays arabes voisins qui soutiennent la Palestine.

Plus spécifiquement sur l’actualité, au jour où l’on écrit cet article, des frappes, des bombes aériennes, des tirs de roquette ont lieu en terre israélienne et palestinienne. Le 7 octobre 2023, le Hamas déclare une guerre contre l’État d’Israël en envoyant 5000 tirs de roquette dans la bande de Gaza à partir de 6h30 du matin (Le Monde, 07/09/2023). Attaque qui intervient 50 ans après l’un des plus grands conflits israélo-palestinien: la guerre du Kippour qui a eu lieu en octobre 1973. L’armée israélienne, nommée Tsahal, a été directement convoquée par le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, affirme sur Twitter (07/09/2023) qu’ «il s’agit de terrorisme dans sa forme la plus méprisable.» concernant les attaques palestiniennes. Côté Hezbollah, le groupe félicite le Hamas pour son courage d’avoir attaqué. Le Hezbollah décide de bombarder un poste d’observation israélien dans la région sud du mont Hermon, à la frontière entre la Syrie et le Liban. En réponse, l’armée israélienne bombarde le sud du Liban le même jour. C’est le début d’un nouveau conflit israélo-palestinien qui mêle des acteurs internationaux en vue de son ampleur géopolitique. Nous en saurons plus dans quelques jours et vous conseillons de rester informé.e.s quant à l’avancée des bombardements des deux côtés. Désormais, intéressons-nous au rôle des femmes dans ce conflit historique. 

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Femmes et accords de paix

Nous nous concentrons particulièrement sur les mouvements pacifistes, car contrairement aux mouvements politiques, la quête de la paix est associée à des valeurs souvent perçues comme féminines. Il est toutefois important de noter une évolution des attitudes envers la prise en considération du soutien féminin. Pour illustrer, notons que les femmes en Israël doivent tout autant faire le service militaire que les hommes. Elles sont vues comme des égales. Ainsi, elles sont force d’aide dans l’armée israélienne qui mandate les femmes pour aller au front. D’autre part, malgré les bombardements israéliens et les pénuries budgétaires, les étudiantes palestiniennes revendiquent leurs droits à leur manière. Discours, jets de pierre et même coups de couteau, elles ne restent pas à l’écart. « Lorsque vous appelez à l’unité pour manifester, invitez les filles. Nous aussi nous avons des choses à dire. Ma voix est forte et libre », a scandé une manifestante (BFMTV, 2015). En ce qui concerne plus spécifiquement la place des femmes dans le conflit, des organisations féministes voient le jour, avant tout pour prôner la réconciliation, mais également pour donner la parole aux marginales (List, 2017). Bat Shalom, par exemple, est une organisation israélo-palestinienne féministe fondée en 1993 mettant en avant le besoin de synergie des femmes juives et des femmes arabes logeant en Israël, et ce, pour une entente commune. Dans le même profil, on trouve l’organisation Jerusalem Center for Women, fondée en 1994, dans laquelle les membres sont des femmes Palestiniennes avec un objectif commun: protéger leurs droits tout en ayant une place dans l’activisme. Par ailleurs, la question spécifique des femmes dans le conflit israélo-palestinien est mise en avant à l’échelle mondiale. C’est le cas de la Conférence mondiale chargée d’examiner et d’évaluer les résultats de la Décennie des Nations Unies pour la femme, dite Conférence de Nairobi (juillet 1985). Celle-ci met en évidence le besoin d’intégrer les femmes aux structures de prise de décision dans la promotion de la paix. Pour finir, la Résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, intitulée « Les femmes, la paix et la sécurité » (octobre 2000) reconnaît l’impact des conflits armés sur les femmes et oeuvre pour la protection et la pleine participation de celles-ci aux accords de paix.


Un rôle qui reste limité

Les femmes jouent un rôle dans le conflit israélo-palestinien, mais souvent passé sous silence. Ce silence est le signe d’une exclusion qui est celle des femmes en général (List, 2017). En effet, c’est une région où la place de la femme n’est pas à l’image de la femme occidentale libre. Les dogmes juifs et musulmans sont très présents, ainsi que l’aspect culturel de l’éducation patriarcale où les femmes intériorisent des valeurs masculines et misogynes. « Les Palestiniennes sont les principales victimes de l’escalade du conflit et des décennies d’occupation israélienne, tout en étant soumises dans la société palestinienne à un ensemble de lois et de normes qui font d’elles des êtres inférieurs », déclare Amnesty International dans un rapport publié le 31 mars 2005. Pour illustrer, les Palestiniennes enceintes redoutent le moment où elles doivent se rendre à l’hôpital par peur de ne pas arriver à temps et d’ainsi potentiellement perdre le nouveau-né. C’est le cas de Rula Ashtiya, femme enceinte palestinienne qui est contrainte d’accoucher à même le sol, à proximité d’un poste de contrôle où les soldats israéliens lui refusent le passage pour accéder à la clinique (Amnesty International Belgique, 2005). Le nouveau-né est mort sur place (Ibidem). D’un autre côté, les femmes israéliennes protestent à l’encontre de la militarisation et la virilisation d’Israël, ce qui se rapproche davantage du féminisme libéral (Marteau, 2012). Certes les israéliennes sont intégrées dans l’armée, cependant cela amène de nouvelles problématiques à gérer. Il s’avère que l’armée, prétendue siège de la « virilité », laisse place au sexisme et aux agressions sexuelles dans les casernes, encore passées sous silence aujourd’hui (List, 2017). En somme, le rôle des femmes dans le conflit israélo-palestinien reste encore à nuancer. 

Sources

  • Arieli, S. (2014). La solution à deux États est encore possible. Politique étrangère, , 79-93. 
  • List, D. “Paix et guerre : l’activisme des femmes dans le conflit israélo-palestinien”, Sextant, 34 | 2017, 55-65.
  • Marteu, É. (2012). Féminismes israéliens et palestiniens : questions postcoloniales. Revue Tiers Monde, 209, 71-88. 
  • Samaan, J. L. (2007). Les métamorphoses du Hezbollah. KARTHALA Editions, op.cit


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1 Commentaire

  1. Wicky Veronique

    Wahouuuu Bravooooo !!!
    Article très bien rédigé 👍🤗😘

    Réponse

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